Une grande année pour le Chef doublement étoilé
6 mars 2026
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6 mars 2026

Portrait de Jongiolans : Entretien avec Maurice Padey (1/2)

 

Rencontre avec Maurice Padey, une figure emblématique de Jongieux, qui partage ses souvenirs de vie, son parcours professionnel et son engagement associatif.

 

Vous êtes une figure incontournable à Jongieux mais pouvez-vous vous présenter ?

Je suis originaire de Traize, mais je n'ai entendu parler de Jongieux qu'assez tard. À l'époque de ma jeunesse, nos sorties se limitaient de l'autre côté à Novalaise ; à l'époque nous n'avions pas de motos, on roulait en vélo. Mon premier vélo était un vélo facteur, un vélo Wander. Je l'ai eu à 14 ans, et à cet âge-là j'étais déjà fou de mécanique. À 16 ans j'ai passé le permis de moto 125 cm³ de marque Radior. J'allais à la droguerie pour acheter des bouchons et les utiliser pour l'embrayage. Travaillant à la propriété agricole de mes parents, les sorties étaient limitées !

Il fallait se réveiller très tôt, on travaillait encore avec les bœufs. Dans "Parole d'anciens", vous le verrez, on parle d'un vendeur le carfat, passait d'abord à cheval puis ensuite avec une C4. Il vendait de tout, y compris des petites fioles de pastis. À 19 ans je suis parti faire mon service militaire en Algérie et en sortant du service militaire, je me suis fait embaucher chez Caporal à Saint Baldoph puis Venturini où je suis resté 15 ans en tant que conducteur d'engins.

Pendant ce temps, j'ai continué à donner la main à la propriété familiale ; elle n'était pas assez importante pour nourrir deux ménages, j'ai donc travaillé en parallèle dans des entreprises. Mais revenons à Jongieux. J'ai d'abord vécu à Chambéry le Vieux avec ma famille et j'avais entendu parler de Jongieux où j'ai trouvé une petite maison pour venir en vacances et le week-end avec les enfants. Après la visite d'une petite maison, nous avons fait affaire avec le propriétaire, et nous avons visité la commune car je ne connaissais pas du tout le coin.

En y venant souvent le week-end, nous étions ébahis par le paysage à l'arrivée dans Jongieux le Haut. Ce panorama, le pont du Rhône et le Colombier. Par temps clair la vue jusque dans le Valromey. Avec la famille, nous nous sommes concertés et avons convenu que c'était là où nous devions vivre. Les propriétaires de la petite maison de vacances que nous avions à Aimavigne ont accepté de nous vendre un bout de terrain sur lequel nous avons construit la maison. Cela s'appelait alors la Grange Chevallier.

Le 18 mars 1975, nous avons posé le 1er moellon et nous avons emménagé le 7 octobre de la même année. On travaillait jour et nuit ! Beaucoup de copains de l'entreprise qui m'ont donné la main. En 1976, j'ai fait le terrassement et les aménagements pour la création de la salle des fêtes. Pour le premier bal des vendanges, le comité des fêtes a fait 1200 entrées dès la première année ! J'ai donné la main plusieurs années au Comité du Réveillon qui était à l'époque dirigé par Pierrette Chevallier et Brigitte Vincent. Chaque année, on avait un monde fou qui venait passer le réveillon !

En 1980 j'ai créé l'Association Syndicale libre des eaux de la Grange Chevalier. 8 familles voulaient construire mais comme il n'y avait pas d'eau, ils avaient tous été refusés. Nous avons commencé les travaux le 31 juillet : emplacement du réservoir, captage, tranchées, tuyaux, construction d'un réservoir, pose des tuyaux et le 30 août tout le monde avait de l'eau chez lui ! Nous avons travaillé sans relâche et les permis ont pu être accordés.

J'ai aussi créé l'association "Vieille Mécanique des pays de Savoie" en 1982, avec la famille Vincent. On exposait le matériel vieilles charrues vieux tracteurs, chaque année pour la vogue des Lilas, au mois d'avril. Ça rencontrait un franc succès. Malheureusement aujourd'hui, il n'existe plus de Vogue des Lilas ni de Vogue des Vendanges faute de bénévoles. Quel dommage. Avec l'association vieille mécanique des pays de Savoie, nous avons reçu deux associations nationales : l'amicale Vierzon qui a réuni 350 personnes à Jongieux pendant 4 jours et l'amicale Vendeuvre, 300 personnes pendant 4 jours. Tous les gens des associations ont été émerveillés par notre commune, et ils continuent à passer nous voir aujourd'hui sur la route des vacances. Entre 2007 et 2009 notre association a participé à la création du film Le Cheval Vapeur, 190 personnes bénévoles et 30 enfants sur deux années ! Beaucoup de ces bénévoles ont disparu aujourd'hui, malheureusement. Aujourd'hui le film ne serait pas réalisable ; ils connaissaient le boulot. J'en profite pour leur dire un grand merci ! À eux et à leur famille.

L'association Vieilles Mécaniques des Pays de Savoie est montée pendant 6 ans au Salon de l'Agriculture de Montagne à Bourg Saint Maurice, et pour les grandes foires à Bourg en Bresse. Dans cette association, il y avait Marc, Pierre, René et Brigitte Vincent. La mécanique a toujours été une passion ; j'ai fait un certificat de mécanique au lycée agricole de la Motte Servolex. J'y allais trois mois l'hiver ; à l'époque les concessionnaires amenaient leurs tracteurs dans les lycées pour apprendre la mécanique. J'ai fait trois ans d'école l'hiver, le reste de l'année j'aidais mes parents.

J'ai été double actif toute ma vie : adolescent j'étais aide familiale. À la mort de mon père, j'ai repris la propriété jusqu'à la retraite. Arrivé à la retraite, mon entreprise a fait faillite, et quand j'ai arrêté avec la vigne j'avais 65 ans, mais j'adorais ça. Un jour on a fait un repas à la boîte, je fêtais mes 30 ans d'entreprise chez Boloff. Je suis rentré pour construire l'entreprise, et ils m'ont gardé pour tenir le magasin... j'y suis resté 30 ans. Le patron descendait d'Allemagne pour la remise de médaille. J'ai ramené une bouteille de mon vin, il m'a demandé d'en ramener 12 le lendemain !

À la retraite, j'ai donné mes vignes à Noël Dupasquier, mais jusque-là je rentrais à 17h à Jongieux, et travaillais jusqu'à 21h. C'est passionnant la terre ! À Traize je faisais du blé et de l'orge : il y a juste à labourer, semer et ensuite on attend la moisson. La vigne, c'est différent : il faut être souvent dedans. Il faut être très vigilant avec la météo : quelques gouttes de pluie ça peut aller très vite. Je suis né paysan et je suis resté paysan.

J'ai construit un lotissement à Traize il y a encore deux ans ; aujourd'hui ma forme physique suit moins mais si je pouvais je continuerais. Pour la commune, c'est pareil ; il y avait une tranchée à faire on s'y mettait avec les conseillers. Tous les 15 jours, j'allais pousser les poubelles, il n'y avait pas de ramassage organisé au Gaya. J'étais obligé sinon les rats étaient au bord de la route.

Il y a aussi eu l'époque du Comité des Fêtes, dans les années 80. À l'époque, c'était quelque chose ! On partait en voyage, on est même allés en Espagne ! On était 40 bénévoles. On avait un boulot énorme, mais on prenait le temps pour aider. Ça créait des moments géniaux ; c'était le temps où Pascal Barlet était président. Evelyne Jacquin aussi a été présidente ; on s'est créé de super souvenirs.