Portrait de Jongiolan : Entretient avec Simon Barlet
17 mars 2023
Portrait de Jongiolan : Entretient avec Simon Barlet
17 mars 2023

Portrait de Jongiolans : Gérard & Georges Chevallier

 

Notre députée Marina Ferrari a remis le vendredi 16 juin 2023 la médaille de l’Assemblée Nationale à Gérard et Georges Chevallier à la salle des Fêtes de Jongieux sur nomination du Maire de la commune. A cette occasion, le Maire Didier Padey a décidé de leur rendre hommage pour ce bulletin N°4 ;

 

Didier Padey : Est-ce que vous pouvez partager quelques anecdotes de votre histoire dans notre village ?

Georges et Gérard : Nous sommes nés en 1946 et avons passé toute notre enfance à Jongieux, nos parents faisaient de la polyculture!

Gérard : Dès la sortie de l’école, on allait barrer les ruisseaux pour chercher les écrevisses, on s’amusait dedans. j’ai un souvenir très net car on ne pouvait pas lever le pied sans en voir une ! Egalement, les voisins s’arrêtaient pour ramasser les truites.
Dans Marestel, on allait ramasser les truffes vers la cabane noire qui n’existe plus. Celui qui en ramassait le plus, c’était le père Roux ! C’est incroyable comme la nature était riche de tout !

Georges : A 14 ans et 3 jours, on a commencé à travailler. On sortait de l’école, c’était après la guerre, il fallait travailler pour aider les parents ! On était contents quand on apportait le billet le samedi.

Gérard : On a travaillé avec les parents mais nous allions aider les voisins aussi pour s’occuper des bœufs… On a des souvenirs fabuleux : le bal des lilas, la fête des vendanges ! On couvrait la cour d’école avec les buis qu’on était allés chercher dans la forêt ! C’était magnifique, tout était bâché. Il n’y avait pas les moyens qu’on a maintenant mais on faisait beaucoup de choses avec le système D.

Didier Padey : Un souvenir mémorable de l’arrivée de l’eau dans les maisons à Aimavigne.

Georges : on avait 10 ans environ, on avait hâte de sortir de l’école pour voir l’avancement des travaux à la pioche réalisés par nos parents pour le réservoir d’Aimavigne.

Gérard : On a vu arriver l’eau à la maison. Extraordinaire, Ca change la vie d’une famille!

Didier Padey : Est venu l’âge du service militaire.

Gérard : on est partis tous les deux en même temps, dans les territoires du Belfort ! On était les deux seuls frères du régiment, On a eu l’occasion da faire des stages commando. Une époque où on étaient un peu fous, j’ai le souvenir de naviguer sur la Meuse en crue avec des bottes de paille. Après l’armée, on s’est engagés à 21 ans pour les autres et on a décidé de faire pompier, et de le faire à fond. Les aléas de la vie ont fait que nous ne sommes pas devenus professionnels, alors qu’Aix les Bains nous réclamait.

Gérard : Dès la première année, nous avons vécu le drame « 5/7 ». 146 morts, à Saint Laurent du Pont.

Georges : Quelle nuit, , nous avons eu un sévère baptême du feu, on rentrait du bal à Ugine et on a entendu qu’ils cherchaient du monde à la radio pour lutter contre le feu de la boite de nuit 5-7. On est passés à la caserne à Yenne pour enfiler l’uniforme est on y est allés directement avec la R8. 147 morts entreposés dans la salle des Fêtes, nous ne l’oublierons jamais. Cet incendie a changé toutes les procédures réglementaires concernant les bâtiments publics et même privés.

Didier Padey : Vous avez vécu dans les années 70-80 les premiers feux de forêt.

Georges : au début, c’était la panique, il n’y avait pas les moyens qu’il y a maintenant. On a essuyé les premiers plâtres de la gestion des incendies en forêt.

Gérard : j’ai fait le tunnel des Cottins, en dessous de Traize, et j’aurais pu devenir un steack haché car Il était en construction à l’époque et Une locomotive a pris feu dedans, il y avait 18 gars coincés à l’intérieur. Je me suis porté volontaire pour y aller. J’ai essayé de crever le nuage de fumée et fini par faire demi-tour. Il s’en est fallu de peu pour que je les prenne en frontal car ils essayaient de sortir.

Georges : notre fierté, c’est de ne jamais avoir refusé. Dès qu’il y avait une alarme, on posait tout et on y allait. Tous les deux, on répondait à l’appel et on aimait ça.

Didier Padey : Pouvez-vous nous partager votre plus beau souvenir ?

Georges : Difficile d’en retenir un seul, d’abord, d’avoir beaucoup appris du docteur Jacques Fagot, qui était médecin commandant des pompiers de Yenne, adjoint département, à qui on voudrait rendre hommage. Les plus beaux moments sont de sauver des personnes en train de mourir.

Gérard : Un jour, Richard est tombé dans un silo de gravier. On arrive, il était au fond. Je suis allé dans le silo avec une pelle, j’ai commencé à dégager et aperçu une tête. On l’a sauvé !

Didier Padey : Et votre pire souvenir ?

Gérard : l’impuissance de ne pas pouvoir sauver des enfants, c’est très compliqué à vivre.

Didier Padey : Pouvez-vous nous dire ce qui rend le plus fier ?

Georges : on a sauvé tout ceux qu’on a pu sauver ! Y compris les animaux. Au début, on avait pas d’ambulance, on avait le Dodge ! et on avait des équipements peu adaptés. On a fait 3 casernes, et on a participé à l’amélioration. C’est une vraie fierté d’avoir participé à l’amélioration. La caserne, c’est notre 2e maison ! On s’y sent bien, même si nous sommes allés partout.

Gérard : il m’est arrivé de faire 4 sorties dans la nuit ! Et de confier ma place dans l’ambulance pour partir au boulot dans la foulée. Je ne mangeais pas à midi pour pouvoir dormir et récupérer.

Georges : et on faisait toutes les formations, sur nos weekends et les vacances. On a fait des stages SAMU, stages de haute montagne, fluvial…on était tellement heureux de pouvoir transmettre tout ce qu’on apprenait en rentrant.

Didier Padey : Et puis les enfants qui prennent la suite

Gérard : C’est une vraie fierté ! Recevoir des éloges au sujet des enfants, c’est une belle récompense, même si on les a plus poussés que félicités ! on est onze aujourd’hui, ça vous donne une idée !

Didier Padey : J’ai compté, à vous toutes et tous, vous avez cumulé plus de 255 années de service . C’est vraiment impressionnant ! Si c’était à refaire, vous le referiez ?

Georges et Gérard : oui, sans aucunes hésitations.

Didier Padey : Vous avez toujours gardé un œil sur Jongieux, comment percevez-vous l’évolution de la commune ces 50 dernières années ?

Georges et Gérard : La commune a beaucoup évolué avec la viticulture et ses paysages il y a toujours eu un certain dynamisme au sein de la commune. On a essayé d’y participer en créant l’étang. Cette année, nous avons initié et collaboré avec Maurice Padey pour la mise en place d’une nouvelle plateforme d’accueil pour les marcheurs de Compostelle et les touristes en général. Nous sommes heureux de l’avoir fait. Nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice.

Didier Padey : Quel est votre endroit préféré de Jongieux ?

Gérard : il y a l’étang, c’est sûr ! On l’a créé ensemble, en 1978. On y a passé des samedis complets ! Mais j’aime aussi la Chapelle Saint Romain, le point de vue est magnifique.

Georges : Les même choses.

 

Questionnaire de Proust

Votre madeleine de Proust :
Les pognes aux oignons. On attendait qu’elles finissent de cuire!

Votre vin préféré :
Un bon Chardonnay et une bonne Roussette.

Votre principale qualité :
Avoir bon cœur, le sens du bien commun.

Votre devise :
La nature il ne faut pas chercher à la contrarier, mais la côtoyer et l’admirer.